En 1940 à Los Angeles, Anaïs Nin et Henry Miller, à l'instigation d'un mystérieux collectionneur qui les payait cent dollars par mois, écrivirent des "érotiques". Ce fut à la fois un défi, un jeu et un exercice de style. Ce fut aussi un moyen de gagner un peu d'argent à un moment où ils en avaient bien besoin.
En France Venus Erotica fut édité chez Stock.

Les romans d'Henry Miller furent longtemps classés dans l'Enfer des bibliothèques.




Anaïs Nin

Il y avait environ quatre-vingts personnes rassemblées dans l'atelier de ce célèbre peintre. La lumière était tamisée, de façon à mieux préserver l'identité des invités. Quand tout le monde fut là, on expédia les convives dans des voitures qui les attendaient. Les chauffeurs savaient où il fallait aller. Au plus profond du bois, il y avait une grande clairière couverte de mousse. Ils s'assirent là, après avoir renvoyé les chauffeurs, et commencèrent à boire du Champagne. Les caresses s'étaient déjà échangées dans les voitures. Les masques donnaient aux gens une liberté qui permettait aux plus raffinés de se transformer en bêtes sauvages. Des mains se glissaient sous les somptueuses robes de soirée, s'attardant aux endroits choisis, les genoux s'entremêlaient, les respirations s'accéléraient. Linda était accaparée par deux hommes. L'un des deux essayait de l'exciter en l'embrassant sur la bouche et sur les seins tandis que l'autre, avec plus de succès, caressait ses jambes sous sa robe longue jusqu'à ce qu'elle frémisse de plaisir. Alors, il voulut la transporter dans un endroit plus sombre. L'autre homme protesta mais il était trop ivre pour se battre. Son rival transporta Linda dans l'ombre des arbres et la coucha sur la mousse. Tout près, on entendait des cris de résistance, des grognements ; une femme criait : « Vas-y, vas-y, je ne peux plus attendre, fais-le, fais-le-moi. » L'orgie était à son comble. Les femmes se caressaient entre elles. Deux hommes s'amusaient à exciter une femme jusqu'à la folie et à la laisser ensuite pour jouir du spectacle qu'elle offrait, la robe à moitié défaite, un sein à l'air, essayant de se satisfaire seule en se pressant de façon obscène contre les hommes, se frottant à eux, les suppliant, soulevant sa jupe.

(Venus Erotica)


   

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