Godemiché

Vient du latin
Gaudeo mihi
"Je me donne de la joie"




Anonyme - 1683 -

« Le godemiché, lui dit-elle, est un certain instrument, petit ou gros, long ou court, selon les proportions convenables, dont celles de notre sexe se soulagent et se procurent du plaisir lorsque... leur démange ; et si vous êtes friande d'un semblable morceau, il ne m'est rien de si facile que de vous apprendre la façon.
- De quoi se compose-t-il ? reprit l'amoureuse Judith.
- D'une pièce de velours bien conçue et bien arrondie qu'on remplit de son.
- Quel est son usage ? poursuivit-elle en riant.
- Vous l'éprouverez si vous voulez, reprit l'autre. Mettons-nous seulement en devoir de le fabriquer. »
II leur fut aisé de rencontrer du velours et le son n'est pas fort rare. La baronne enfile son aiguille et, en moins d'un quart d'heure, montra, par un échantillon, qu'elle était fort savante dans le métier de les faire. Il ne fut pas fabriqué sans que l'une et l'autre ne rît à gorge déployée. La figure de cet instrument leur fournissait des idées chatouilleuses et Judith devint impatiente de le sentir jouer son jeu. Ce qu'elles firent de cet instrumentum, je m'en rapporte... Je ne sais pas s'il fut capable de leur procurer du plaisir ; mais ce que je sais, de source certaine, est que deux ou trois jours après, le godemiché fut trouvé dans le lit de ces deux belles, qui couchaient ensemble, par une servante qui en eut une peur épouvantable, croyant que c'était le diable. Cette innocente fille ayant ouvert les draps et fait rencontre de cette petite saucisse de velours, courut dans la chambre voisine, où madame était, l'avertir de sa découverte. Elle s'y transporta pour voir le monstre ; mais n'ayant osé l'approcher de près et croyant confusément que c'était une taupe, elle descendit en bas avec cette servante, fit rougir les pincettes dans le feu et appela nos demoiselles, tout éperdues du récit de la chose, pour venir assister à la prise et au massacre de l'animal qu'on disait s'être gilssé jusque dans leur lit. Nos deux jeunes compagnes ne se doutèrent jamais de la chose, l'une s'imaginant que l'autre avait eu le soin de serrer le godemiché, et celle-ci ne doutant pas que celle-là ne le portât dans quique poche secrète. Ce qui étonna tout le monde fut que cet animal, quelque bruit et quelque mouvement qu'on eût fait, n'avait point changé de place. Comme cela donnait matière de raisonner à la dame et à la servante, la baronne s'approche du lit, prend l'animal prétendu avec la main et dit à celles à qui il avait causé une terreur panique qu'elles avaient peur de bien peu de chose, que leur alarme était fausse, et que ce n'était rien autre chose qu'un reliquaire rempli de son bénit, de celui dont usait à faire du pain un certain ermite qui vivait aux environs de Lyon, dans une grande odeur de sainteté. Cette subtile réponse faite avec assurance fut prise pour argent comptant, et chacun se retira en riant, sans qu'il en fût parlé davantage.

(La Belle sans chemise ou Eve ressuscitée)



   
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