... Portés par le même mouvement,
nous tombâmes, mollement renversés, sur un monceau de coussins. L'obscurité
régnait avec le silence dans ce sanctuaire. Ma bouche fixée sur sa bouche,
ma langue fendant légèrement ses lèvres de corail, un bras collé autour
de sa taille, un autre, aidant ma main à découvrir des charmes qu'il
me semblait que je touchais pour la première fois, un doigt agile et
pénétrant qui, en servant ses désirs, allumait tout le feu des miens,
ces poils nombreux et mutins, dont l'opiniâtre ressort caressait cette
main empressée et furetante, le balancement, tantôt brusque et tantôt
ménagé de ses jambes et de ses cuisses, les ondulations cadencées de
ses fesses et de ses reins, et cette haleine de rosés qui me soufflait
la volupté dans tous les sens ; tant de détails enchanteurs que l'imagination
ne saisit pas, mais que le contact dessine jusque dans la moindre fibre,
décuplaient mes désirs et mes forces. Le dard de l'amour plus enflammé,
plus brûlant, avait pénétré, pour ainsi dire, jusqu'à ses reins, dont
la souplesse et les mouvements ne pouvaient se comparer qu'à l'agilité
des miens. Nos langues se mêlaient, se serraient ; nos soupirs se confondaient,
nos dents même s'entrechoquaient : collés étroitement l'un à l'autre,
nous fermions hermétiquement l'entrée de l'asile où s'était introduit
le dieu du plaisir que nous honorions par les plus douces libations.
Enfin nos soupirs nous tinrent lieu de langage : plus tendres, plus
multipliés, plus ardents, ils étaient les interprètes de nos sensations
; ils en marquaient les degrés, et le dernier de tous, longtemps suspendu,
nous avertit que nous devions rendre grâce à l'amour.