La bouche de la comtesse se promenait,
lascive, ardente, sur le corps de Fanny. Interdite, tremblante, Fanny
laissait tout faire et ne comprenait pas.
C'est bien un couple délicieux de volupté, de grâce, d'abandon lascif,
de pudeur craintive. On eût dit une vierge, un ange, aux bras d'une
bacchante en fureur.
Que de beautés livrées à mon regard, quel spectacle à soulever mes sens
!
FANNY. - Oh ! que faites-vous ! Laissez, madame, je vous prie...
GAMIANI. - Non ! Non, ma Fanny, mon enfant, ma vie, ma joie ! Tu es
trop belle, vois-tu. Je t'aime ! Je t'aime d'amour ! Je suis folle !
Vainement l'enfant se débattait, les baisers étouffaient ses cris. Pressée,
enlacée, sa résistance était inutile. La comtesse, dans son étreinte
fougueuse, l'emportait sur son lit, l'y jetait comme une proie à dévorer.
FANNY. - Qu'avez-vous ! 0 Dieu ! madame ! mais c'est affreux !... je
crie, laissez-moi ! vous me faites peur !
Et des baisers plus vifs, plus pressés, répondaient à ses cris. Les
bras enlaçaient plus fort, les deux corps n'en faisaient qu'un.
GAMIANI. - Fanny à moi ! à moi tout en- tière ! Viens, voilà ma vie
! Tiens, c'est du plaisir!... comme tu trembles, enfant!... Oh tu cèdes
!...
FANNY. - C'est mal ! c'est mal, vous me tuez... Ah ! je meurs.
GAMIANI. - Oui, serre-moi, ma petite, mon amour ! serre-moi bien, plus
fort. Qu'elle est belle dans le plaisir , lascive !... tu jouis, tu
es heureuse !... Oh Dieu !
Ce fut alors un spectacle étrange. La comtesse, l'oeil en feu, les cheveux
épars, se ruait, se tordait sur sa victime, que les sens agitaient à
son tour. Toutes deux se renvoyaient leurs bonds, leurs élans, étouffaient
leurs cris, leurs soupirs dans des baisers de feu.
Le lit craquait aux secousses furieuses de la comtesse.
Bientôt épuisée, abattue, Fanny laissa tomber ses bras. Pâle, elle restait
immobile comme une belle morte.
La comtesse délirait. Le plaisir la tuait et ne l'achevait pas.../...