Gamiani

1833 - On en attribue la rédaction à Alfred de Musset pour la première partie et à George Sand, pour la seconde.




Alcide, baron de M...

.../... Furieuse, bondissante, elle s'élança au milieu de la chambre, se roula sur le tapis, s'excitant par des poses lascives, bien follement lubriques, provoquant avec ses doigts tout l'excès des plaisirs.
Cette vue acheva d'égarer ma tête.
Un instant, le dégoût, l'indignation m'avaient dominé ; je voulais me montrer à la comtesse, l'accabler du poids de mon mépris. Les sens furent plus forts que la raison. La chair triompha, superbe, frémissante. J'étais étourdi, comme un fou. Je m'élançai sur la belle Fanny, nu, tout en feu, pourpre, terrible.
Elle eut à peine le temps de comprendre cette nouvelle attaque que, déjà, triomphant, je sentais son corps souple et frêle trembler, s'agiter sous le mien, répondre à chacun de mes coups. Nos langues se croisaient, brû- lantes, acérées, nos âmes se fondaient en une seule.
FANNY. - Ah ! mon Dieu ! on me tue...
A ces mots, la belle se raidit, soupire, et puis retombe, en m'inondant de ses faveurs.
- Ah ! Fanny, m'écriai-je, attends... Ah toi ! ah!...
A mon tour, je crus rendre toute ma vie.
Quel excès !... Anéanti, perdu dans les bras de Fanny, je n'avais rien senti des attaques terribles de la comtesse.
Rappelée à elle par nos cris, nos soupirs, transportée de fureur et d'envie, elle s'était jetée sur moi pour m'arracher à mon amie. Ses bras m'étreignaient en se secouant, ses doigts creusaient ma chair, ses dents mor- daient.
Ce double contact de deux corps suant le plaisir, tout vibrants de luxure, me ravivait encore, redoublait mes désirs.
Le feu me touchait de partout. Je demeurai ferme, victorieux, au pouvoir de Fanny ; puis, sans rien perdre de ma position, dans ce désordre étrange de trois corps se mêlant, se croisant, s'enchevêtrant l'un l'autre, je parvins à saisir fortement les cuisses de la comtesse, à les tenir écartées au-dessus de ma tête.
- Gaminani à moi, portez-vous en avant, ferme sur vos bras.
Gamiani me comprit, et je pus à loisir porter ma langue active, dévorante, sur sa partie en feu.
Fanny, insensée, éperdue, caressait amoureusement la gorge palpitante qui se mouvait au-dessus d'elle.
En un instant, la comtesse fut vaincue, achevée.
GAMIANI. - Quel feu vous allumez ! C'est trop... grâce !... oh !... quel jeu lubrique ! vous me tuez... Dieu !... j'étouffe...
Le corps de la comtesse retomba lourdement de côté, comme une passe morte.
Fanny, plus exaltée encore, jette ses bras à mon cou, m'enlace, me serre, croise ses jambes sur mes reins.
FANNY. - Cher ami ! à moi... tout à moi... Modère un peu... arrête... ah ! plus vite... va donc... oh ! je sens, je nage... je...
Et nous restâmes l'un sur l'autre étendus, raides, sans mouvement ; nos bouches entrouvertes, mêlées, se renvoyaient à peine nos baleines presque éteintes.
Peu à peu, nous revînmes à nous. Tous trois nous nous relevâmes et nous fûmes un instant à nous regarder stupidement.

(Gamiani ou Deux nuits d'excès)


   
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