.../... Cornaboeux se leva sanglant
en refoulant les derniers hoquets de sa dégueulade.
Il désigna Estelle dont les yeux duatés contemplaient avec horreur le
spectacle immonde :
- C'est elle qui est cause de tout, déclara-t-il.
- Ne sois pas cruel, dit Mony, elle t'a donné l'occasion de satisfaire
tes goûts de nécrophile.
Et comme on passait sur un pont, le prince se mit à la portière pour
contempler le panorama romantique du Rhin qui déployait ses splendeurs
verdoyantes et se déroulait en larges méandres jusqu'à l'horizon.
Il était quatre heures du matin, des vaches paissaient dans les prés,
des enfants dansaient déjà sous des tilleuls germaniques. Une musique
de fifres, monotone et mortuaire, annonçait la présence d'un régiment
prussien et la mélopée se mêlait tristement au bruit de ferraille du
pont et à l'accompagnement sourd du train en marche. Des villages heureux
animaient les rives dominées par les burgs centenaires et les vignes
rhénanes étalaient à l'infini leur mosaïque régulière et précieuse.
Quand Mony se retourna, il vit le sinistre Cornabœux assis sur le visage
d'Estelle.
Son cul de colosse couvrait la face de l'actrice.
Il avait chié et la merde infecte et molle tombait de tous côtés. Il
tenait un énorme couteau et en labourait le ventre palpitant.
Le corps de l'actrice avait des soubresauts brefs.
- Attends, dit Mony, reste assis.
Et, se couchant sur la mourante, il fît entrer son vit bandant dans
le con moribond.
Il jouit ainsi des derniers spasmes de l'assassinée, dont les dernières
douleurs durent être affreuses, et il trempa ses bras dans le sang chaud
qui jaillissait du ventre.
Quand il eut déchargé, l'actrice ne remuait plus.
Elle était raide et ses yeux révulsés étaient pleins de merde.
- Maintenant, dit Cornabœux, il faut se tirer des pieds.
Ils se nettoyèrent et s'habillèrent. Il était six heures du matin. Ils
enjambèrent la portière et courageusement se couchèrent en long sur
le marchepied du train lancé à toute vitesse. Puis, à un signal de Cornabœux,
ils se laissèrent doucement tomber sur le ballast de la voie.
Ils se relevèrent un peu étourdis, mais sans aucun mal, et saluèrent
d'un geste délibéré le train qui déjà se rapetissait en s'éloignant.
- Il était temps ! dit Mony.