L'élection de Monsieur Univerge
(...) Je monte sur la scène. Ils me sourient. Ils battent leurs cils
avec mille promesses de vertige fixées dans leur regard.
Mais je ne suis pas dupe : je sais qu'ils me flattent parce que j'ai
deux voix au vote, comme présidente du jury.
Je les examine de près. Leur chair est ferme, musclée. Leurs profils,
tendus à la limite du supportable, vraiment splendides.
Le plus beau est, sans hésitation, le grand brun aux yeux de brume
qui ronronne sous mes caresses prétendument objectives, avec une engageante
volupté. Il me plaît beaucoup.
Oui, c'est bien à lui que je donnerai mes voix. Il le sait d'ailleurs,
avec cette étrange intuition propre à son sexe. Et, bon joueur, il
me chuchote les coordonnées de sa demeure, les mots de passe pour
franchir les portes magnétiques, et l'excellente nouvelle que ce soir
il sera seul, chez lui...
Pendant qu'il ne cesse de ronronner, de m'affoler avec son regard,
son sourire qui dénonce le plus ample savoir...
Charmant petit prostitué, va !
(Le réservoir des sens)