Elle la prit aux épaules, la posa sur le feutre rouge, puis la
tira un peu en avant; les mains d'O s'agrippaient au rebord de l'estrade,
où Yvonne les assujettit à un anneau, et ses reins étaient dans le
vide.
Anne-Marie lui fit replier les genoux vers la poitrine, puis 0 sentit
ses jambes, ainsi renversées, soudain tendues et tirées dans le même
sens : des sangles passées dans les bracelets de ses chevilles les
attachaient plus haut que sa tête aux colonnes au milieu desquelles,
ainsi surélevée sur cette estrade, elle était exposée de telle manière
que la seule chose d'elle qui fût visible était le creux de son ventre
et de ses reins violemment écartelés.
Anne-Marie lui caressa l'intérieur des cuisses.
« C'est l'endroit du corps où la peau est la plus douce, dit-elle,
il ne faudra pas l'abîmer. Va doucement, Colette.»
Colette était debout au-dessus d'elle, un pied de part et d'autre
de sa taille, et 0 voyait, dans le pont que formaient ses jambes brunes,
les cordelettes du fouet qu'elle tenait à la main.
Aux premiers coups qui la brûlèrent au ventre, 0 gémit. Colette passait
de la droite à la gauche, s'arrêtait, reprenait.
0 se débattait de tout son pouvoir, elle crut que les sangles la déchireraient.
Elle ne voulait pas supplier, elle ne voulait pas demander grâce.
Mais Anne-Marie entendait l'amener à merci.
(Histoire d'O - 1954)