L'Art épistolaire de Théophile Gautier (Dans
le texte suivant, les indicationsqui figurent à divers endroits entre
parenthèses sont non pas de Gautier, mais de l'éditeur).
.../... Dans le Valais, nous avons rencontré ma chimère, c'est-à-dire
la femme à trois tétons ; mais le troisième était un goître et c'était
le seul dur.
Je n'ai pas été tenté de demander à cette Isis suisse si elle avait
le con en travers, fantaisie chinoise qui m'affriole.
Dans l'auberge du « Simplon », dont le papier représente les Anglais
en Chine, comme un roman de Méry, un parapilla ailé et monstrueux
s'introduit dans la bouche de Lady Bentinck, qui s'écrie :
« Very delicious ! »
Les canons sont transformés en membres qui déchargent, les roues forment
les couilles, les canons, la pine, et la fumée simule la mousse éjaculatoire
: ces embellissements priapiques sont dus au crayon libidineux de
jeunes rapins français.
A Domo d'Ossola, les lieux, que quinze heures de route nous faisaient
un devoir de visiter pieusement, pour y déposer nos libations, présentaient
un aspect enchanteur et féerique ; ils étaient peints à fresque et
représentaient des bouquets de rosés qui s'épanouissaient comme des
trous du cul de blondes, avec une touche de pourpre au milieu.
Il est fort agréable de s'accroupir, ayant l'œil sur ces anus fleuris,
ou sur ces fleurs anales, dépliant leurs pétales : les fronçures d'un
sphincter, prêt à boire une pine, ou à vomir un étron.
Une chose me jeta dans une grande perplexité, c'était une petite bouteille
d'huile, où trempait une plume, posée sur une planchette ; je demandai
au garçon quel était l'usage de cette huile et de cette plume ; il
se troubla, rougit, balbutia et s'enfuit.
Je pensai d'abord que son usage était de faciliter les opérations
stercorales aux anus garnis d'hémorroïdes qui voyagent sur des ronds
Rattier et Guibal.
Mais il paraît que cette huile servait à lubrifier le derrière de
ce joli garçon, fort recherché des Anglais qui vont en Italie satisfaire
leur goût de pédérastie, punie de la corde dans leur aimable île ;
attention touchante du gouvernement, qui procure ainsi quelques vieux
coups aux Anglaises, qui ne seraient jamais baisées sans cela.
Figurez-vous, ô Présidente, dans cette latrine ornée de rosés, lieu
ordinaire des rendez-vous, un Lord passant gravement la plume au cul
de ce jeune fumiste, mal torché, mais étroit : Lord Brougham, ou Lord
Palmerston, ou tout autre personnage vénérable, couleur de pralines,
avec des favoris et des sourcils blancs..../...
(Lettre à la Présidente)