La Présidente

Elle doit ce surnom à Théophile Gautier. De son vrai nom, elle se nommait tout simplement Aglaé Savatier et était, vers 1840, la maîtresse du peintre Meissonier (entre autres) qu'elle quitta pour le sculpteur Clésinger.

Cette lettre, par sa longueur, doit constituer l'exemple contraire le plus extrême de nos actuels SMS ou Texto.




Théophile Gautier

L'Art épistolaire de Théophile Gautier (Dans le texte suivant, les indicationsqui figurent à divers endroits entre parenthèses sont non pas de Gautier, mais de l'éditeur).

.../... Le soir, on nous a donné un spectacle de marionnettes ; l'homme et la femme, très jeunes tous les deux, et récemment mariés, prêtaient leurs voix aux petits personnages.
La femme, armée d'un clitoris qui faisait relever sa robe, comme un bout d'épée, ou une pine en érection, avait un organe trombonnant, un contralto poilu, genre Crapobiska, dans le goût d'Ernesta, et le mari, une voix flûtée, genre Abeilard, après l'opération ; ce qui ne l'empêchait pas de foutre et de branler sa femme pendant les monologues des héros en butte aux rigueurs du sort et de l'amour ; divertissement qui faisait trembler la toile, marquer les genoux de la femme au milieu de la décoration, et traîner les jambes des marionnettes, au moment de la pâmoison.
A Sesto Calende, j'ai vu de pauvres poules si souvent cochées par des coqs trop nombreux, qu'elles avaient le dos entièrement déplumé, le croupion à vif, et allaient se mettre d'elles-mêmes à la broche, pour échapper à ce martyre.
Car, ô Présidente, si tu étais seulement grimpée vingt-deux fois par minute, et cela depuis trois heures du matin jusqu'à huit heures du soir, peut-être trouverais-tu que c'est trop.
Il est vrai que les femmes n'ont pas les mêmes idées que les poules ; celles-ci portaient d'ailleurs une seule plume au cul, pour la commodité des jeunes gîtons d'auberge, qui, lorsqu'ils voient une calèche anglaise, vont la leur arracher et la trempent dans la petite bouteille d'huile attendant l'événement.
A Milan, nous avons eu ascension dans la flèche de la cathédrale, vit de neige qui défonce le ciel.
Les murs de l'escalier sont historiés de recommandations de propreté les plus bizarres et les plus variées.
L'Italien est si naturellement porc, qu'il se vide n'importe où, ce qui est cause que les vidangeurs meurent de faim dans ce pays qui donne la botte au cul de la Sicile.
J'ai recueilli quelques inscriptions :

II faut garder, pour la maison,
Le superflu de la boisson.

Les gens qui sont de bonne race,
Ont soin de pisser sur la place.

Si vous sentez quelque besoin,
Gardez-vous de salir ce coin.

Ce faible échantillon suffira à votre intelligence ; il y a des pancartes équivalentes pendant la valeur de 512 marches au-dessus du niveau de la mer, et non de la merde, car on en trouve sur les flèches les plus aiguës, qui n'ont pas été pondues par des hirondelles, mais bien par des hommes « Evpinpoxozoiandres » comme dit Aristophane, dans sa grande dispute du Juste et de l'Injuste ; (ce grec, si Femand n'est par pour vous l'expliquer, ne veut rien dire de malhonnête, mais seulement hommes à vastes trous du cul ; ne vous branlez pas l'imaginations dessus)..../...

(Lettre à la Présidente)



   
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