La Présidente

Elle doit ce surnom à Théophile Gautier. De son vrai nom, elle se nommait tout simplement Aglaé Savatier et était, vers 1840, la maîtresse du peintre Meissonier (entre autres) qu'elle quitta pour le sculpteur Clésinger.

Cette lettre, par sa longueur, doit constituer l'exemple contraire le plus extrême de nos actuels SMS ou Texto.




Théophile Gautier

L'Art épistolaire de Théophile Gautier (Dans le texte suivant, les indicationsqui figurent à divers endroits entre parenthèses sont non pas de Gautier, mais de l'éditeur).

.../... Dans ce même Milan, à l'hôtel de la ville, dans les lieux, qui perdent leur nom, et s'appellent jardins, par un euphémisme de bon goût, d'où l'on a fait jardiner, pour chier, nous avons trouvé un sonnet déchiré en deux, à la louange de l'incomparable Sofia Cruvelli, célèbre chanteuse, parfaitement inconnue.
Qui pouvait posséder assez d'exemplaires de cette précieuse poésie, pour s'en torcheculatiser de la sorte, si ce n'est la Diva elle-même ?
le sonnet était de la force d'une robe de chambre de papillotte, mais ce qui le rendait sans prix, c'était une touche d'un roux doré, très riche, très chaud, rappelant les Terres de Sienne, les momies et les bitumes les plus titianesques ; il n'y avait point de pépins de figues dedans, mais un poil d'un noir bleu, très dru, très crespelé, qui fit délicieusement errer mon imagination érectile des hauteurs crépues de la motte, jusqu'au soleil de poils épanoui autour de la rosé mystique, par les soupirs d'un ventre mélancolique.
J'enviais le sort de ce papier, qui avait traversé ce fauve entre-fesson, frôlé ce boyau culier, effleuré ces badi- goinces couleur de chocolat, et chatouillé ce clitoris au capuchon cuisse de créole; et, tout en allongeant mon prépuce, comme un bout de savate, je filai, avec une glaire, aussi limpide qu'un cheveu de cristal, le quatrain suivant :

Heureux jardin qu'elle bêcha !
Heureux privé qu'elle enfourcha !
Heureux papier qu'elle tacha !
Heureux sonnet qui la torcha !

A Milan, on se baigne avec les femmes, dans des baignoires de marbre blanc ; nous avions les baignoires, mais pas les femmes, et nous nous sommes bornés à nous laver le gland, dans le silence du cabinet de bains, sans avoir rendu ce soin de propreté nécessaire par intromission suivie de bave et de fromage.
Mais il paraît que les bains servent de maisons de passe et qu'on y va casser une croûte de cul, comme en France, chez les restaurateurs.
La baignoire sert à la fois de divan et de bidet, et le membre joue, en même temps, le rôle de godemiché et celui de seringue à injection, malheureusement le jet n'est pas continu.../...

(Lettre à la Présidente)



   
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