L'Art épistolaire de Théophile Gautier (Dans
le texte suivant, les indicationsqui figurent à divers endroits entre
parenthèses sont non pas de Gautier, mais de l'éditeur).
.../... Voici nos aventures à Venise :
En regardant des jaserons dans une boutique, nous vîmes une jolie
fille en chemise, vêtue seulement d'un bout de châle, dont la pointe
lui baisait le cul ; point de bas, des savates aux pieds, le téton
au vent, un œil qui lui faisait sept fois le tour de la tête, une
bouche qui semblait avoir trois rangées de dents, comme les requins,
et, à la nuque, un chignon composé d'un tas de nattes, enroulées comme
une chaîne d'ancré sur le tillac d'un vaisseau à trois ponts.
Elle s'engueulait avec le bijoutier, à propos d'une bague en or creux,
de la valeur de trois ou quatre swanziks, l'appelant chien, fils de
vache, maudit, excrément de putain, mouchard galérien, et allemand,
la plus grande injure de toutes.
Elle jurait et sacrait par le corps de Bacchus et le corps de Diane
; enfin, elle était en fureur et charmante.
Nous lui achetâmes sa bague, et je lui dis de venir à la maison sous
prétexte de portrait.
Elle vint deux ou trois jours après, et j'en fis un bout de pastel
qu'elle emporta.
La connaissance était faite, mais nous étions deux contre une, ce
qui était presque aussi lâche que d'être cinq contre un, comme chez
la veuve Poignet.
Nous tirâmes la jeune fille à pile ou face ; Louis gagna, et, en conséquence,
fut heureux. J'ajouterai seulement ce détail, qui semble indiquer
une virginité douteuse : à l'heure du berger, au moment suprême, quand
le jeune couple s'apprêtait à trinquer du nombril, la jeune épouse
se mouilla les doigts dans la bouche, et se les passa dans la fente
inférieure, pour lubrifier les grandes lèvres, savonner les nymphes,
rendre glissantes les parois vermiculaires, et faciliter l'entrée
triomphante de la pine de mon ami.
Je jouai dans cette scène amoroso-mélancolique, le rôle de l'esclave
cubiculaire de l'antiquité, tenant, d'une main, la chandelle, et,
de l'autre, ma queue.
Aussi la jeune enfant, touchée de mon sort, amena, à la seconde visite,
une amie âgée de 18 ans « comme un vieil bœuf » blonde, rosé, les
traits réguliers, la physionomie douce et triste, assez jolie, en
somme, sauf des dents désordonnées, trop anglaises, pour une Véni-
tienne qui était de Turin.
Pendant que je jouai, auprès d'elle, le rôle de M. Grimpe-aux-Cuisses,
candidat politique, rival de M. Croque-ma-Joue, c'est-à-dire pendant
que mes mains, doigtées en crabes, et faisant pattes d'araignée, se
rendaient au café des deux colonnes, au fond duquel se trouve l'estaminet
du sapeur, cette beauté me raconta son histoire, qui ne ressemblait
pas à celle de Julie (héroïne du roman, Julie ou j'ai sauvé ma rose,
de Mme Guyot).
Elle était danseuse figurante à la Fenice, mais le bombardement avait
fait fermer le théâtre, et interrompu sa carrière chorégraphique ;
ne pouvant plus montrer son cul en public, elle le montrait en particulier.
Son con, assez petit, était fourré d'un poil court, droit, et serré
comme du feutre, ou le poil d'un col de chien ; je lui fis sortir
ses tétons de son corset, dont quelques lacets étaient desserrés ;
ils étaient gros, passablement fermes, très blancs, veinés de bleu,
avec un petit bout rosé entouré d'une auréole couleur d'Hortensia.
Le lait qui les gonflait leur donnait un air de tétons Rubens qui
eût charmé Boissard et ne me déplaisait pas.
.../...
(Lettre à la Présidente)