La Présidente

Elle doit ce surnom à Théophile Gautier. De son vrai nom, elle se nommait tout simplement Aglaé Savatier et était, vers 1840, la maîtresse du peintre Meissonier (entre autres) qu'elle quitta pour le sculpteur Clésinger.

Cette lettre, par sa longueur, doit constituer l'exemple contraire le plus extrême de nos actuels SMS ou Texto.




Théophile Gautier

L'Art épistolaire de Théophile Gautier (Dans le texte suivant, les indicationsqui figurent à divers endroits entre parenthèses sont non pas de Gautier, mais de l'éditeur).

.../... J'ai oublié de dire que la pauvre créature était un peu enceinte, sous prétexte que l'armée autrichienne ne se retire jamais, et que les Hongrois ne sont pas hongres ; quoique, selon Gérard (de Nerval) il faille prononcer hongraîs, comme français.
Quand je tripotais le cul de la respectable mère, le foetus, renfermé dans le ventre potiroforme de l'ex-danseuse, sachant ce que cela voulait dire, et habitué à de pareils préludes, sautelait, dans son enveloppe blanche, comme un crapeau sous une serviette, et se rencognait au fond de la matrice, pour éviter les coups de pine.
De même un chat qu'on poursuit sous un lit, avec un bâton, se colle à la muraille, et se pelotonne piteusement.
Sa tête faisait une petite bosse dans le flanc maternel ; je me demandai si je fourgonnerais ce foetus injecté par une seringue autrichienne ; si j'avais été sûr que ce fût une fille, j'aurais assez volontiers cueilli ce pucelage dans le con de sa maman ; mais, j'eus peur, étant en Italie, que ce ne fût un petit pédéraste, un giton embryonnaire, un bardache précoce, un bougre anticipé, qui me tendît le cul avant l'âge, et me conduisit à son anus par le vagin maternel.
Il faut dire aussi que les treize redingotes anglaises étaient dans la poche de Louis, et la quatorzième à son membre impérial et triomphant.
De vagues visions de capsules gélatineuses et de racines de fraisiers, dansèrent devant mes yeux et je mis délicatement, dans la main de la jeune personne, ce qu'elle croyait que j'allais lui mettre au cul.
Mon index, ou plutôt mon doigt annulaire, convenablement salivé, s'introduisit entre les babouines de sa nature, et quelques frictions voluptueuses sur les petites feuilles du clitoris, développèrent bientôt cet intéressant organe.
Cette jeune élève de Terpsichore, aussi adroite de ses mains que de ses pieds, ramena, avec un mouvement lent d'abord, puis précipité la peau de mon prépuce d'avant en arrière et d'arrière en avant, sur un rythme qui ressemblait à un air de « Giselle » (ballet de Théophile Gautier), cet exercice, répété quelque temps, amena, chez elle une eau claire, une mousse limpide et blanchâtre, et, chez moi, un sperme épais, gluant, plein de grumeaux, et qui avait l'air, dans le creux de sa main, d'un pot de gelée de pommes de Rouen renversé.
A peu près sur ces entrefaites, le gars Louis sortit de sa tume, la mine satisfaite, la crête en l'air et l'œil émerillonné, comme un coq qui descend d'une poule qu'il vient de cocher.
La Vicenza (c'était le nom de sa beauté) faisait bouffer sa robe sur son cul, de l'air le plus détaché du monde ; c'est ainsi que se passèrent nos amours à Venise.
Louis dépensa encore une redingote avec la jeune Vicenza, ce qui réduisit à douze le nombre de ces boyaux neutralisateurs.
.../...

(Lettre à la Présidente)



   
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