L'Art épistolaire de Théophile Gautier (Dans
le texte suivant, les indicationsqui figurent à divers endroits entre
parenthèses sont non pas de Gautier, mais de l'éditeur).
.../... Chez ce peintre, je vis un très beau cul et une su perbe motte
dont je vous envoie la description ci-jointe :
(Ce texte n'a pas été retrouvé).
On aurait pu s'entendre avec elle, mais quelques jours après, nous
apprîmes qu'elle était allée à Padoue, ce qui veut dire que le gouvernement
l'avait déportée en terre ferme, la trouvant trop molle à la fesse
ou trop folle à la messe, pour rester dans une île.
En bon français, elle avait des fleurs vertes.
Padoue est peuplée de très belles filles, qui viennent y faire un
tour de casserolle à cause de l'Académie de médecine.
Les repas y sont ainsi composés : Mercure, Copahu, Cubèbe, Salsepareille,
Nitrate d'argent et autres ingré- dients à la Charles Albert.
On s'y mouche avec précaution de peur que le nez ne vous reste aux
doigts ; il faudrait y baiser avec des redingotes en tôle galvanisée
pour être sûr de son affaire.
Florence contient une putain unique : elle demeure dans une famille
honnête, chez un tapissier. Vous entrez, vous demandez une table de
nuit, un bidet, ou tout autre meuble de ce genre d'un air fin et libidineux,
et l'on comprend.
Mais cette pauvre créature est si occupée qu'il faut se faire inscrire
quinze jours à l'avance : si elle se lavait, elle mettrait l'Arno
à sec ; mais cela prendrait du temps.
Il n'est accordé à chaque client que six mouvements en avant et six
en arrière ; ceux qui liment paient triple, suivant la longueur du
culetage.
Il y a bien deux bouquetières très hardies, très provocantes, et qui
semblent toujours prêtes à tomber sur le dos ; mais, la première a
tiré une fois un coup pendant lequel elle a attrapé une vérole qu'elle
a encore, selon les uns, dont elle est guérie, selon les autres, mais
qui la rend plus farouche au montoir qu'une mule écorchée.
La seconde est amoureuse d'un voleur qui la rend d'une vertu inexpugnable
; quant aux femmes honnêtes, il est difficile de les bourriquer, parce
qu'elles ont toujours un cataplasme viril sur la motte. Le mari, l'amant
et le domestique se succèdent avec bien peu d'interruption ; il faut
attendre une vacance, et se tenir au bord du con, sa racine à la main,
pour la planter au moment où la place est vide, ce qui arrive rarement.
Il y a, en outre, à Florence, un tas de tortues interlopes, plus ou
moins séparées de leurs maris, de gaupes scandaleuses, de Carcontes
passées de mode, de lionnes sous la remise, de réputations détraquées,
de matrices décrochées, de vagins à pessaires, de mouchardes russes,
de bas-bleus anglais, de tribades douteuses, et de pédérastes vagues,
où l'on pourrait trouver à loger son ver, si l'on avait les goûts
de Balzac ; mais, pour cela, il faut aller, tous les jours, aux Caséines,
faire la conversation sur le marche-pied des calèches, en costume
de première représentation des Bouffes, des gants blancs jusqu'au
coude et des bottes vernies jusqu'au cul, une queue d'œillet fichée
dans l'urètre, et une brochette à la boutonnière : le tout pour écouvillonner
un vieux canon encrassé, qui a tiré plus de trente mille coups.
.../...
(Lettre à la Présidente)