La Présidente

Elle doit ce surnom à Théophile Gautier. De son vrai nom, elle se nommait tout simplement Aglaé Savatier et était, vers 1840, la maîtresse du peintre Meissonier (entre autres) qu'elle quitta pour le sculpteur Clésinger.

Cette lettre, par sa longueur, doit constituer l'exemple contraire le plus extrême de nos actuels SMS ou Texto.




Théophile Gautier

L'Art épistolaire de Théophile Gautier (Dans le texte suivant, les indicationsqui figurent à divers endroits entre parenthèses sont non pas de Gautier, mais de l'éditeur).

.../... Chez ce peintre, je vis un très beau cul et une su perbe motte dont je vous envoie la description ci-jointe :
(Ce texte n'a pas été retrouvé).
On aurait pu s'entendre avec elle, mais quelques jours après, nous apprîmes qu'elle était allée à Padoue, ce qui veut dire que le gouvernement l'avait déportée en terre ferme, la trouvant trop molle à la fesse ou trop folle à la messe, pour rester dans une île.
En bon français, elle avait des fleurs vertes.
Padoue est peuplée de très belles filles, qui viennent y faire un tour de casserolle à cause de l'Académie de médecine.
Les repas y sont ainsi composés : Mercure, Copahu, Cubèbe, Salsepareille, Nitrate d'argent et autres ingré- dients à la Charles Albert.
On s'y mouche avec précaution de peur que le nez ne vous reste aux doigts ; il faudrait y baiser avec des redingotes en tôle galvanisée pour être sûr de son affaire.
Florence contient une putain unique : elle demeure dans une famille honnête, chez un tapissier. Vous entrez, vous demandez une table de nuit, un bidet, ou tout autre meuble de ce genre d'un air fin et libidineux, et l'on comprend.
Mais cette pauvre créature est si occupée qu'il faut se faire inscrire quinze jours à l'avance : si elle se lavait, elle mettrait l'Arno à sec ; mais cela prendrait du temps.
Il n'est accordé à chaque client que six mouvements en avant et six en arrière ; ceux qui liment paient triple, suivant la longueur du culetage.
Il y a bien deux bouquetières très hardies, très provocantes, et qui semblent toujours prêtes à tomber sur le dos ; mais, la première a tiré une fois un coup pendant lequel elle a attrapé une vérole qu'elle a encore, selon les uns, dont elle est guérie, selon les autres, mais qui la rend plus farouche au montoir qu'une mule écorchée.
La seconde est amoureuse d'un voleur qui la rend d'une vertu inexpugnable ; quant aux femmes honnêtes, il est difficile de les bourriquer, parce qu'elles ont toujours un cataplasme viril sur la motte. Le mari, l'amant et le domestique se succèdent avec bien peu d'interruption ; il faut attendre une vacance, et se tenir au bord du con, sa racine à la main, pour la planter au moment où la place est vide, ce qui arrive rarement.
Il y a, en outre, à Florence, un tas de tortues interlopes, plus ou moins séparées de leurs maris, de gaupes scandaleuses, de Carcontes passées de mode, de lionnes sous la remise, de réputations détraquées, de matrices décrochées, de vagins à pessaires, de mouchardes russes, de bas-bleus anglais, de tribades douteuses, et de pédérastes vagues, où l'on pourrait trouver à loger son ver, si l'on avait les goûts de Balzac ; mais, pour cela, il faut aller, tous les jours, aux Caséines, faire la conversation sur le marche-pied des calèches, en costume de première représentation des Bouffes, des gants blancs jusqu'au coude et des bottes vernies jusqu'au cul, une queue d'œillet fichée dans l'urètre, et une brochette à la boutonnière : le tout pour écouvillonner un vieux canon encrassé, qui a tiré plus de trente mille coups.
.../...

(Lettre à la Présidente)


   
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