Sadie Blackeyes

C' est le pseudonyme de Pierre Mac Orlan (de son vrai nom Pierre Dumarchey)




Sadie Blackeyes

.../...
On détacha la pauvre Helen, dont la tête penchait gracieusement sur l'épaule gauche.
On lui retira les épingles qui maintenaient ses jupes en Pair, et elle put cacher ses fesses douloureusement éprouvées.
- Ah ! j'ai mal, j'ai mal ! murmura-t-elle d'une voix douce.
- Conduisez-la à l'infirmerie, régime spécial; à moins qu'elle préfère rester ici pour voir le châtiment de sa camarade.
- Ah ! oui, madame, je préfère... Donnez- moi à boire quelque chose, j'ai tellement soif.
On lui servit une citronnade, puis un cordial qui la réveilla, lui redonna des forces, ranima ses joues pâles.
- Je resterai debout, si vous le permettez, madame, car vraiment... je ne puis m'asseoir.
Mistress Grant sourit avec gentillesse. Elle n'avait pas l'air d'être fâchée contre Helen.
Étrange directrice; étranges élèves !
Cependant le tour de Mlle Bébé, la pure, la chaste et merveilleuse Mlle Bébé était venu.
C'était en quelque sorte le clou de la cérémonie. Enfin on allait pouvoir contempler à loisir ce qui n'avait jamais été vu, la merveille des merveilles, le pur joyau de chair blanche, soigneusement enveloppé dans les lingeries fines, ainsi qu'un bonbon fin dans son enveloppe de soie.
Dans cinq minutes à peine, la lune de Mlle Bébé, éclipsant l'astre d'Helen, allait briller d'un éclat incomparable, bel astre de crème, de crème fouettée, bien entendu, perle laiteuse sur l'écrin bleu sombre des jupes relevées.
Quand les servantes s'approchèrent de May pour la préparer, la pauvre enfant se jeta à genoux, suppliant, gémissant, promettant d'une voix affolée tout ce qu'on ne lui demandait pas.
- Mon Dieu ! Laissez-moi... Madame, pardon, pardon, je ne le ferai plus... je vous le jure... laissez-moi... je ne veux pas, je ne veux pas... Oh !...
Ce « oh ! » de désespoir suprême venait de ce que Louisa, ayant glissé ses mains sous les jupes de Bébé écroulée à terre et se débattant sous l'étreinte de Kate et de Fanny qui la maintenaient sans douceur, venait de trouver la coulisse du pantalon et déculottait tout tran- quillement la mignonne époumonée.
L'opération fut d'ailleurs conduite avec une rapidité qui prouvait l'habileté de Louisa dans ces sortes d'opérations.
Comme on dépouille un lapin la servante dépouilla la sanglotante Mary de son inexpressible, qu'elle sortit triomphalement et agita en l'air devant les élèves.
Alors, elle aida ses deux autres compagnes à relever May, qui se faisait lourde, s'agrippait aux robes, aux corsages des femmes.
- Quelle sotte ! fit mistress Grant.
Kate, je vous recommande de soigner particulièrement son derrière.
Presque portée, la pauvre May fut hissée sur le banc.
Ainsi, c'en était fait : la honte suprême allait être subie.
Elle sentait les courroies enserrer ses poignets, on lui baissait les épaules...
Oh ! quelle posture lui faisait-on prendre ?
Sa croupe levée lui semblait dominer toute la salle. Elle avait la sensation de n'être plus qu'un énorme postérieur tendu au-devant de l'atroce fessée.
Quand elle sentit la main de Fanny relever ses jupes, elle cria, encore une fois :
« Pardon; pas ça ! Oh ! mon Dieu ! »
Les jupes relevées, épinglées sur les épaules, Fanny souleva la chemise, fit claquer sa langue d'un air admiratif et leva le rideau.
Un petit « oh ! » d'admiration, vite réprimé par un regard sévère de mistress Grant, courut dans les rangs des spectatrices, quand apparurent à l'air les admirables fesses de la fillette callipyge.
C'était pur de lignes, aimablement rond, pas trop copieux, mais bombé avec grâce, une croupe en pomme, séduisante, mutine, affriolante et douce au toucher comme une pêche. Parmi tous les beaux derrières de Saint-Paul school, le derrière de May tenait le premier rang.
La posture de la jeune fille le présentait beau à souhait avec ses deux joues d'ange, son sillon un peu évasé vers le pli des cuisses, cible adorable, dont un point noir indiquait le centre mystérieux.
Un sourire de contentement et d'admiration sincère errait sur les lèvres décloses des assistantes. Ces dames et ces demoiselles étaient connaisseuses en cette matière, et May obtenait des suffrages dont elle se serait d'ailleurs fort bien passée.
- Vous lui en donnerez vingt-cinq coups pour cette fois.
- Bien, madame, répondit Kate.
Elle leva les verges.
« Ouille ! » fit May avant d'avoir été fouettée.
La jolie douillette fit rire toute la salle.
Mme Grant ne put elle-même garder son sérieux.
« Oh ! là là ! »
Cette fois, c'était pour de bon, les verges venaient de cingler le pauvre mignon fessier, le zébrant de rouge.
Kate comptait les coups :
« Un... deux... trois... quatre... cinq... »
Et Bébé, faisant sauter sa croupe, hurlait en réponse :
« Assez... oh là là !... Mon... oh... Dieu... aaassez ! Je ne le ferai... pluus !... ooh... » « Six... sept... huit... neuf... dix... onze... douze... », continuait l'implacable fesseuse.
La peau si blanche de Bébé prenait maintenant la chaude coloration des pivoines pourpres.
« Je vais... mourir... Ohh ! vous me faites... mal... ooh... aïe ! Pardon !... pardon ! je ne... le... ferai plus. »
Ces supplications et ces promesses n'émouvaient guère la correctrice, qui tranquillement continuait d'appliquer la fessée.
Bébé ne pensait même plus à la honte de montrer son derrière. La douleur enlevait chez elle toute autre sensation. Et elle laissait bondir sa croupe juvénile, sans penser - heureusement - aux mystères ravissants qu'elle dévoilait — oh ! en toute innocence — dans les bonds désordonnés qu'elle faisait pour essayer de se dérober à l'averse de feu qui torturait les parties les plus charnues de son gentil petit corps potelé.
Jamais elle n'aurait cru pouvoir supporter une telle souffrance sans mourir. Et pourtant elle se sentait solidement fessée et elle ne mourait pas.
On ne meurt pas d'une bonne fessée.
May en fit l'expérience, et le vingt-cinquième coup, administré de tout coeur par le bras nerveux de l'impassible Kate, tomba juste en travers des deux mignonnes fessettes qui se contractèrent et s'épanouirent pour la dernière fois.
May, sanglotante, brisée, incapable de rassembler une idée, fut déliée du banc.
Un étourdissement la prit dès qu'elle fut remise sur pied et, avant qu'on ait eu le temps de rabattre jupes et chemise, la fillette tombait sur le sol évanouie.
On la transporta à l'infirmerie, régime spécial, comme sa camarade Helen.
Le spectacle était terminé.

( Baby douce fille - 1911)



   
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