Certains auteurs cachés par des pseudonymes sont impossibles à identifier. C'est particulièrement le cas d'« Aimé Van Rod », car ce nom, d'après un spécialiste, cache non pas un, mais plusieurs écrivains.




Aimé Van Rod

Grâce frissonnait de tout son corps.
Elle vit l'étroit caleçon si mince, presque transparent, qui étreignait la croupe rebondie d'Alice et toute sa pudeur lui monta à la face.
— Pourquoi rougissez-vous ? demanda le colonel. Expliquez-vous, Grâce !
— Comment ne rougirais-je pas, fit-elle avec effort, quand je vois ce que vous m'obligez à voir ? C'est une honte, une indignité ! Laissez- moi me retirer !
— L'exhibition d'un séant qu'on va fouetter ne peut en rien offenser la morale, dit miss Mabel. Il ne faut voir que le but, non les moyens. Le but sanctifie les moyens... C'est un vieil adage qui sera vrai toujours. Par suite, exhiber un postérieur pour le fouetter est une excellente chose et vous en conviendrez vous- même avant qu'il soit longtemps !
— Je ne comprends rien à votre morale ! cria Grâce. Je...
— Assez ! trancha le colonel. Pas un mot de plus, Grâce. Dans votre intérêt pas un mot de plus !...
Elle se tut, les poings à la bouche, ravalant ses cris de rage et d'indignation.
— C'est cela, dit posément miss Mabel. Ne troublez pas par vos sottises la dignité du châtiment... Penchez-vous un peu, Alice. Encore... Vous savez que j'exige que votre derrière soit bien tendu ?... Répondez ! Vous le savez, n'est-ce pas ?
— Je le sais, miss... sanglota la patiente.
— Vous serez une bonne fille, n'est-ce pas ?... Une bonne et sage fille, bien soumise, bien aimante, bien obéissante, vous avez pris de bonnes résolutions ?
— Ou...i... miss... — Vous regrettez vos fautes passées ?
— Oui... miss...
— Vous ferez tous vos efforts à l'avenir pour les éviter.
— Oui, miss...
— C'est bien. Soyez sage. Penchez-vous encore un peu, je vais appliquer les douze coups de martinet sur votre derrière...
Elle se pencha en avant.
Miss Mabel lui plaça la main gauche sous l'estomac, au creux, pour la soutenir et, ayant passé sa dextre, armée du martinet, sur le gros séant tendu pour se rendre compte de tactu de l'adhérence parfaite du mince petit pantalon. Et elle commença l'infliction du martinet.
Le premier coup, donné en travers des fesses, elle l'appliqua très bas, presque sur les cuisses, et Grâce vit distinctement la masse rebondie des chairs tressaillir tout entière dans son enveloppe en même temps que son oreille percevait le bruit de grêle des six lanières s'abattant presque simultanément et le cri étouffé d'Alice avouant sa souffrance aiguë.
Le second coup suivit presque aussitôt, puis le mouvement se précipita. Alice reposait presque de tout son poids, courbée comme elle était, sur la main gauche de la fouetteuse et celle-ci, toute rouge de l'effort terrible qu'elle fournissait, fouettait avec force et rage, sans donner une seconde de répit au pauvre derrière corrigé. Et la souffrance, à en juger par les cris déchirants et les contorsions d'Alice, devait être terrible... Heureusement elle fut courte.
Un dernier coup ébranla rudement la mappemonde dont les boursouflures soulevaient le mince linon en deux ou trois endroits et miss Mabel posa le martinet sur le lit.
Elle palpa un instant ta partie fouettée, pour voir sans doute si elle était suffisamment échauffée par le fouet, et elle rabattit la chemise...

(Grâce Rod - 1912)



   
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