... Votre papa vous a envoyée à moi pour que je vous corrige,
je vous corrigerai ! En attendant demandez pardon !
— Je n'ai rien fait ! Je ne peux pas... demander... pardon...
Elle avait des sanglots d'épouvanté dans la voix, mais elle tenait
bon. Et pourtant son regard fou suivait le stick qui se dressait de
nouveau, qui allait s'abattre brutalement sur elle...
Soudain le colonel remit la cravache sous son bras.
— Au fait, ma bonne amie, dit-il à miss Mabel, nous perdons ici notre
temps pour rien... Il faut plus que les coups à cette jeune révoltée,
il lui faut le cachot et l'humiliation. Je ne lui donne pas vingt-quatre
heures pour être plus sage... Conduisez-la dans la cave...
— Dans celle...
— Oui, naturellement. Je vous laisse le champ libre, miss Twigs. Allez
!
La governess s'approcha de Grâce et voulut lui prendre la main, mais
miss Rod, redressée, se débattit et gagna l'autre coin.
— Voulez-vous venir avec moi tout de suite ? fit miss Mabel. Grâce
ne répondit pas.
Miss Mabel se tourna vers le colonel et l'interrogea du regard.
— Dans ces conditions, dit-il, c'est différent. Je vais vous aider
à lui lier les poignets et les genoux et vous la pousserez dans la
cave. Là, vous vous arrangerez bien d'elle ?
— Oh ! naturellement, sir.
Grâce, sur la défensive, les observait.
L'idée qu'elle allait être forcément vaincue, loin de la décourager,
l'exaspérait et décuplait ses forces.
Le colonel se planta devant elle, fouettant sa botte de son stick
pendant que miss Mabel allait chercher des cordes dans la chambre
d'Alice.
Dès qu'elle fut de retour au bout de quelques secondes, elle s'élança
sur Grâce qui tenta en vain de la repousser.
Le colonel et la gouvernante eurent vite raison de la résistance désespérée
de la jeune fille, ils lui ligotèrent les mains sur les reins et miss
Mabel lui attacha les genoux l'un à l'autre sous les jupes, à l'aide
d'une corde qui ne laissait aux jambes qu'un jeu étroit.
De la sorte, Grâce ne pouvait faire que de tout petits pas, quinze
à vingt centimètres au plus. Tout essoufflée et rouge de la lutte
inégale mais désespérée qu'elle venait de soutenir, Grâce fut remise
debout et appuyée au mur.
— Maintenant, dit miss Mabel, vous allez me suivre ou plutôt marcher
auprès de moi. Et si vous n'obéissez pas je plains votre derrière
! Allons !
Grâce ferma les yeux, se mordit les lèvres et ne bougea pas.
— C'est bon ! dit la gouvernante. Vous voulez être stoïque. Mais ici
le stoïcisme n'est pas de mise et je vais vous le prouver !
Elle écarta son corsage et tira de son cache-corset où elle était
plantée une grosse aiguille à repriser.
Elle l'enfonça violemment dans la croupe de la patiente qui poussa
un cri de douleur et ouvrit les yeux.
— Vous voyez, dit miss Mabel, que ce n'est pas difficile. Venez !
A chaque résistance que je sentirai, vous sentirez vous-même mon aiguille.
Grâce se mit en marche.
Miss Mabel la tenait par le bras, de sa main gauche. Sa main droite
tenait l'aiguille dirigée vers le séant de la jeune fille prête à
plonger la petite pointe d'acier dans ses jupes bien remplies.
Et le colonel ayant ouvert les portes, Grâce descendit à petits pas
d'interminables escaliers jusqu'à ce qu'elle se trouvât devant une
porte vermoulue, entr'ouverte, dans un couloir à peine éclairé où
l'on marchait sur la terre battue.
— Voici votre cachot ! fit miss Mabel...
(Grâce au cachot)