Paul Verlaine

Furieuse, les yeux caves et les seins roides,
Sappho, que la langueur de son désir irrite,
Comme une louve court le long des grèves froides.
Elle pense à Phaon, oublieuse du rite,

Et voyant à ce point ses larmes dédaignées,
Arrache ses cheveux immenses par poignées.
Puis elle évoque en des remords sans accalmies
Ces temps où rayonnait, pure, la jeune gloire

De ses amours chantés en vers que la mémoire
De l'âme va redire aux vierges endormies.
Et voilà qu'elle abat ses paupières blêmies,

Et saute dans la mer où l'appelle la Moire,
Tandis qu'au ciel éclate, incendiant l'eau noire,
La pâle Séléné qui venge les Amies.

(Sappho)


   

Api.guide © AFIC 2002


Toutes les images et textes présentés sur "Les lettres de l'Enfer" sont l'exclusive propriété de leurs auteurs ou ayants-droits. - All pictures are copyrighted by their authors and their publishers worldwide -
Ayant sollicité l'autorisation de tous ceux que nous avons pu contacter, nous retirerons tout document jugé par eux préjudiciable sur simple demande faite au
Webmaster